Chapitre quatrième : leçon pratique

Chapitre quatrième : leçon pratique

Les départs en roulottes sont des moments très intenses.
C’est un rituel.
Chacun a sa tâche.
D’abord on range autour des roulottes. Et là ce n’est pas une mince affaire parce que les affaires justement sont éparpillées sur l’espace que chacun a déterminé et en fonction de sa personnalité. Prenons moi par exemple : plus le terrain est grand, plus je m’étale. C’est le bordel !
Je ne sais toujours pas comment je m’y prends. C’est le branle bas de combat, il faut vite vite ranger mon bazar. Le terrain doit être nickel, pas une trace de notre passage.
C’est la consigne : respecter l’environnement des habitants des villages qui eux restent !

Ensuite et seulement ensuite, on passe à l’étape suivante. Les esprits se calment : chacun va chercher ses chevaux au pré, les attellent à sa roulotte ; tout le monde est très consciencieux. On parle à son cheval, le rassure, l’encourage ou lui dit ses quatre vérités s’il ne veut pas coopérer : – «  il faut partir, mon cheval, t’as le ventre plein, t’as bien bu, maintenant on part » enfin chacun dit ce qu’il veut à ses chevaux et au bout d’un temps certain, ça y est on est prêt. Bien contents tous. Parce qu’il y a toujours une petite appréhension avant le départ, c’est comme ça, ça ne s’explique pas, le ventre est un peu serré, on se rassure en se disant que tout va bien se passer : les chevaux, ce sont des êtres vivants, vifs avec leurs humeurs.
Alors forcément … Pas comme une voiture. Je ne stresse pas vraiment quand je prends ma vieille Mercedes, je sais qu’elle est bien vieille et qu’elle pourrait tomber en panne éventuellement, mais bon …  il y a une assurance rapatriement.

Nous voilà partis. Au bout de plusieurs heures de préparatifs. Ouf ! À nous la route, les paysages, la fierté et les joies d’être aux commandes de notre attelage.

C’est ainsi qu’un jour, tranquilles sur les petites routes, au sortir de notre campement de plusieurs jours, on a entendu un grand paf ! J’étais avec ma roulotte en dernière position. Entre celle de Gérard devant et la mienne, il y avait celle d’Aglaé et derrière la sienne, celle d’Igor. J’ai dû m’arrêter comme tout le monde et j’ai attendu guides en main un moment. Finalement, Aglaé est venue me prévenir qu’un des pneus de la roulotte de son père avait crevé.

– « Ils font la réparation, y’en a pas pour longtemps » me dit-elle. J’ai attaché mon attelage à la roulotte de devant et j’ai rejoint la famille pour voir. J’étais quand même curieuse de savoir comment Gérard allait se sortir de cette panne en l’absence de rustines.

Un brave monsieur, semblant bien vieux, tout courbé était là installé sur le rebord du pont à nous regarder. Intrigué, il s’est levé pour voir la raison de notre arrêt. Je l’ai salué, il m’a répondu et il est retourné dans son silence pendant toute la réparation. Il se grattait bien la tête, ouvrait bien la bouche, pas un mot ne sortait … Je le regardais de temps en temps, lui faisant quelques sourires. Imperturbables, Gérard et Igor réparaient le pneu :
– « allez, tire là-dessus, laisse moi un peu de place que je puisse passer la ficelle, un peu plus fort j’te dis …»
En deux temps, trois mouvements la roue était remontée, les outils rangés et le convoi prêt à repartir. C’est ainsi que le pneu a été regonflé avec un bout de ficelle autour du trou bien serré pour empêcher l’air de passer. Tout d’un coup, le monsieur se redresse, nous regarde et dit : – « Je suis bien vieux, j’en ai vu dans ma vie mais ça c’est ben la première fois que j’vois pareille affaire ! »

réparation d'une chambre à air

Nous avons ri de bon cœur, nous nous sommes serrés les mains. Les choses s’en sont allées au fil des étapes et d’autres kilomètres et bien de crevaisons, jusqu’au jour où deux pneus, un de chaque côté de la même roulotte ont éclaté simultanément. Alors là panne totale.
Coup de chance nous accompagnait ce jour-là une amie possédant une automobile. Elle nous a conduit chez un réparateur de pneus. À la vue de la trentaine de ficelles honorant les deux chambres à air, il a rassemblé tout son personnel. Il leur a montré comment se débrouiller avec rien. Il s’est tourné vers nous en nous disant qu’il n’y aurait jamais pensé. Et dans son contentement, il nous a offert de nouveaux pneus et leur chambre.

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