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Auteur : Solange Chabert

L’expo de Lausanne 1964

L’expo de Lausanne 1964

J’y suis allé parce que j’avais une invitation.

 Bien sur, il y avait un petit train monorail qui passait en haut, en bas, à l’intérieur des halles d’expo, dehors, au-dessus de l’eau et aussi des trucs sur l’industrie que les suisses savent fabriquer. Mais le choc, ça a été Tinguely, une grosse sculpture de roues, d’engrenages, de barres, tout un tas de bielles qui bougent et qui pèsent des tonnes !

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Le thé

Le thé

Il commençait à se faire tard, quatre heures, quatre heures et demie peut-être ? Le soleil n’allait pas tarder à descendre en-deçà de l’horizon. Ce serait immédiatement la nuit.

Elle attendait. Debout, appuyée sur le dormant de la porte fenêtre entre-ouverte, son regard perdu dans le lointain, elle attendait. Il faut dire que la nature alentour appelle le regard à l’admiration, peut-être même à la méditation.

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Mademoiselle je sais tout

Mademoiselle je sais tout

Je me suis doucement agenouillée à côté d’elle, à distance respectueuse.- « que fais-tu donc, mademoiselle ?- » – Est-ce que tu vois ce que je fais ? me répond elle. – « Je vois bien que tu grattes le sol et je voudrais savoir ce que tu cherches ». – « du chewing-gum ! » me dit-elle. – « du chewing-gum ? ! » – « Eh ben, sais-tu que dès que le chewing-gum est bien mâché, il est jeté ? Il n’a plus de goût. Tu comprends ? ». « Et alors ? ». « Pfeu, dit-elle en haussant les épaule… je rentre à la maison et je le lave bien. Je le mets dans ma bouche avec un morceau de sucre, voilà ! T’as compris maintenant. Une fois l’explication donnée, elle s’est levée. Un vélo était appuyé à un arbre, elle l’a enfourché et elle a pédalé avant de disparaître sous un porche, un couteau dans une main qui tenait le guidon et le chewing-gum dans l’autre …

Moi aussi, je suis rentrée chez moi après avoir salué ma jeune amie, les bras ballants. Perplexe … par l’aplomb de cette enfant, je dirais qu’elle avait bien six ans ! ; par son indépendance, elle était tranquillement installée par terre, très concentrée sur son affaire ; par son insouciance,  petite fille sans peur …

Je l’ai rencontré à plusieurs reprises, toujours sur le boulevard, c’était son terrain de jeu. Elle était quelque fois avec d’autres enfants, parfois sur sa bicyclette, très souvent souriante et volubile. Nous avons échangé des sourires, parlé parfois. Pas approfondir la relation, cultiver le mystère, être juste là, présente à ce que mes yeux m’offraient et le coeur un peu pincé par mon imagination galopante … J’avais peur pour elle. En fait, j’avais peur tout court.

Un voyage

Un voyage

Nous avons trouvé une belle petite jardinière . Enfin, pas exactement. Lors d’un de nos voyages d’un village à l’autre, un brave homme nous interroge :« où allez-vous ? Dans le prochain village», répond Gérard, sans préciser le nom. « Alors, arrêtez-vous sur la place, je vous attendrai ». C’est ainsi que ce monsieur nous a offert ce charrettou. « Vous saurez quoi en faire. Ici, elle pourrit et je voudrais qu’elle retourne sur la route». Ça tombait bien ! Une chambre supplémentaire serait la bienvenue. Et nous avons ainsi continué notre périple en Limousin, de place en place, de village en village avec ce charrettou. Sur la route qui nous mène d’Objat à Julliac, Gerard a proposé à Thais et moi- même d’amener à la prochaine étape notre nouvel attelage. Sur la route, une voiture nous double et reste à notre hauteur. Le chauffeur nous demande notre itinéraire. Nous lui expliquons notre escale à Julliac et ensuite Arnac-Pompadour. Et il continue de nous doubler. Nous nous regardons avec Thaïs avec la tête en point d’interrogation. Et un certain temps plus tard, le voilà qui nous croise, fait demi-tour, nous double et stationne une centaine de mètres plus loin. Nous le voyons sortir de son véhicule et il nous fait de grands signes pour que nous nous arrêtions. Ce que nous faisons un peu à contre coeur parce qu’en hiver, la lumière du jour tombe vite et tôt et qu’il nous reste du chemin à faire. Et il nous balance un gros paquet léger en nous disant :  » ne prenez pas froid ! ”Nous avons ainsi hérité d’un douillet sac de couchage tout propre, tout neuf. C’est vrai que la fin du voyage a été plus confortable. L’automne allait s’installer. La température commençait à fraîchir. Quel homme délicat !

Nous l’avons revu à Arnac-Pompadour. Il travaillait dans les impôts. Je me suis parfois fait de fausses idées sur certaines professions. Il y a comme ça des personnes qui nous font grandir dans nos pensées à la « mords-moi l’noeud »

Et le charrettou a été transformé en un joli landau géant. Les petits enfants y ont beaucoup dormi, joué et fait des tas de betises en silence ou joyeux rires dont nous ne soupsonions rien d’autres que de gentils jeux … Rock and roll !

Merci !

Merci !

C’est fini pour les représentations de cette année !
Merci à vous tous d’avoir été présents cette saison.

Rendez-vous l’an prochain pour une nouvelle édition de « La Trace »

c’est un spectacle !

c’est un spectacle !

La providence

La providence

Aux guides de mes chevaux, j’étais en mauvaise posture. La nuit tombait. J’y voyais encore. Les roulottes devant traçaient et s’éloignaient de la mienne. Je sentais bien quelque chose de bizarre dans mon attelage. Alors tout naturellement, je décidais de freiner. Cela tombait bien, la route descendait.

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VII – Chapitre septième : premier printemps

VII – Chapitre septième : premier printemps

Il avait été convenu que le convoi prenne ses quartiers de printemps dans un village de l’Aude. Pour accueillir le bébé que j’attendais d’une part et créer le spectacle de marionnettes d’autre part. Avec la complicité de mes cousins, nos attelages et le cheptel étaient attendus. – « Le parc est clôturé par un mur. Tu verras Solange, vous y serrez bien, et vous pourrez monter le chapiteau et travailler à votre spectacle. Les enfants pourront étudier. Les chevaux seront en toute liberté et il y a de quoi pâturer. Ce sera chouette pour vous » me dit un jour au téléphone l’une de mes cousines. Nous avions hâte d’arriver.

Ce fut notre première escale « vacances ». Malgré le boulot qui nous attendait et l’arrivée de notre bébé, L’installation fut royale. J’en garde un souvenir ému encore aujourd’hui.

Des maisons avec jardin longent la rue derrière le mur de l’entrée du parc. Nous fermions le portail pour éviter que les chevaux gambadent dans le village. Mais pas à clef bien sûr le portail. Les riverains venaient nous rendre visite. Très gentils. Au bout de la deuxième visite, certains d’entre eux nous ont demandé s’ils pouvaient ramasser le crottin. Et le lendemain, et les jours suivants, notre roulotte cuisine se transformait en bar à vin et apéritif.

Nous ne buvions pas d’alcool. Une période comme ça et puis, j’étais enceinte. Heureusement, mes cousins et amis étaient amateurs, alors, nous avons fait de belles fêtes et retrouvailles …

D’autres visiteurs nous apportaient les légumes de leur jardin. Notre poulailler installé sous la roulotte cuisine se remplissait quotidiennement de la production de nos généreuses poules naines.

J’avais calculé que bébé arriverait un mois après notre arrêt, ce qui nous donnait toute latitude pour monter le chapiteau, construire les décors du spectacle, fabriquer le castelet, des marionnettes ainsi que les retouches de certaines d’entre elles, faire les répétitions, pour nous comédiens, apprendre nos textes et pour Gérard, scénariste, scénographe, metteur en scène et technicien en toute sorte de discipline. Igor avait fabriqué notre table de mixage avec des interrupteurs gradués récupérés dans un hôpital en démolition, nous allions pouvoir la mettre en service. Aglaé avait pour mission d’aller couper un peu de crinière des chevaux pour les cheveux des marionnettes. Sacrilège ! Nos premiers projecteurs étaient en boîte de conserve trouée en leur centre pour faire passer le fil électrique. C’est ainsi qu’un beau matin, nous étions prêts à présenter notre spectacle. Igor a été à la mairie pour demander que la représentation soit annoncée au micro dans tout le village le samedi 21 avril. – c’est une tradition dans cette région de France. Lorsque le maraîcher, le poissonnier ou le marchand de chaussures arrive sur la place, il est annoncé dans le village à coup de haut parleur. Et bien pour les petits cirques c’est pareil et nous, nous étions un peu assimilés aux petits cirques.

Vendredi matin, mon bébé a décidé que c’était le moment de pointer son nez dans notre monde. Alors, Igor a repris son vélo pour aller à la mairie décommander la représentation du samedi soir. « Le spectacle de marionnettes est annulé pour raison de naissance. Report ultérieur »

Nana-Cerise est née vendredi soir et samedi midi nous étions rentrés aux roulottes. Le soir même, mes cousins ont organisé une fête. François et son groupe sont venus faire la sérénade à Nana-Cerise. Quel moment magique !

Le mardi suivant soir, le chapiteau était plein, des coussins par terre avec les enfants assis dessus avec leurs parents à côté. Plus en arrière les aînés avaient apporté leur chaise.

Ma Nana-Cerise avait quatre jours. Elle a vécu la première dans les bras de sa Mamina.

Après les applaudissements, le public est reparti chacun avec sa chacune, son siège et tout et tout. Et nous avons été largement félicités.

Trente et quelques années plus tard, une question dans ma tête attend toujours sa réponse : est-ce que les félicitations étaient attribuées au spectacle ou à la naissance ?