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Auteur : Solange Chabert

L’expo de Lausanne 1964

L’expo de Lausanne 1964

J’y suis allé parce que j’avais une invitation.

 Bien sur, il y avait un petit train monorail qui passait en haut, en bas, à l’intérieur des halles d’expo, dehors, au-dessus de l’eau et aussi des trucs sur l’industrie que les suisses savent fabriquer. Mais le choc, ça a été Tinguely, une grosse sculpture de roues, d’engrenages, de barres, tout un tas de bielles qui bougent et qui pèsent des tonnes !

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Le thé

Le thé

Il commence à se faire tard, quatre heures, quatre heures et demie peut-être ? Le soleil ne va pas tarder à descendre en-deçà de l’horizon. Ce sera immédiatement la nuit.

            Elle attend. Debout, appuyée sur le dormant de la porte fenêtre entre-ouverte, son regard perdu dans le lointain, elle attend. Il faut dire que la nature alentour appelle le regard à l’admiration, peut-être même à la méditation.

         La pluie vient juste de cesser, la lumière devient plus claire comme si l’eau  purifie les arbres, l’herbe et la poussière si envahissante. Les odeurs de fruitiers et de fleurs captent le cerveau et on sait comme l’ivresse endort tous les sens éveillés. Quelle contradiction !                                                    

         Le début du printemps est sa saison préférée. Un mélange de mélancolie et de joie.

         Rêveuse, le regard dans le vague, elle se remémore sa journée passée.                                

Depuis le réveil, ponctué par les éclats de rire cristallins de ses jumelles, elle sait que c’est l’heure de se lever, de préparer le petit déjeuner pour toutes les trois. Elle n’a pas arrêté ! Après avoir fait une toilette de chat, enfilé sa tunique, elle a téléphoné à sa mère. Il est convenu que cette dernière vienne chercher ses petites-filles de deux ans et demie.

Seule dans sa cuisine, elle avale une tasse d’eau chaude. Ce matin, elle a eu l’intuition que ce serait le dernier matin à boire cette boisson.

         La journée est particulièrement excitante, chargée de travail et d’émotion. En effet, elle reçoit un ami de son défunt mari. Il lui a envoyé un télégramme pour l’avertir de sa visite. Il lui a dit ne pas arriver  seul. Il a précisé qu’il vient lui remettre les dernières volontés de son mari.

         Debout, immobile contre la porte fenêtre, elle se pose mille questions. Elle sent en elle une impression nouvelle ; curieusement, elle est calme, heureuse de vivre ce moment où les images du visage de son époux lui apparaissent. 

         Dieu sait si elle l’aimait, l’avait tendrement aimé.

Elle se remémore les discussions qu’ils ont eu ensemble sur la mort : un passage naturel dans la vie de chaque être vivant, une séparation douloureuse pour celui qui reste, une source de confiance et de force dans la vie de celui qui continue de vivre.

         Bien sur, ils étaient amoureux lorsqu’ils se sont dits toutes ces choses ! Ils partageaient la joie de vivre ensemble et heureux d’accueillir l’enfant à naître.

         La réalité a raconté tout autre chose.

         Aujourd’hui deux années et quelques mois se sont écoulés, la visite de cet étranger l’intrigue.

         Ce matin, après avoir installé ses deux filles dans le taxi que sa mère a pris pour venir les chercher et de tendres mots échangés, elle est montée dans le grenier. En passant, elle s’est arrêtée dans sa chambre, a appuyé sur le bouton du magnétophone. Elle s’est imposée du rangement, les vêtements que les enfants ne mettent plus, elle doit les nettoyer avant de les donner. Cela fait longtemps qu’elle doit trier les livres et cahiers entassés sur les étagères. Elle s’est toujours jurée de ne pas s’apitoyer sur son sort lorsqu’elle s’active dans le grenier. À quoi bon ressasser ce qu’elle ne vivra plus. Elle ne jette rien. Elle veut transmettre à ses enfants cette période de vie qu’elle a chérie.

            La musique du film « India Song » tourne en boucle. Finalement, la faim et la fin de son entreprise la font descendre dans la cuisine. Elle se prépare une soupe de crevettes aux vermicelles avec de la coriandre fraîche.         

            Il lui reste du temps pour se préparer à recevoir cet inconnu qui ne vient pas seul ! Cette pensée l’amuse. Elle monte les escaliers pour éteindre le magnéto.

            Elle s’impatiente à attendre, appuyée sur la porte-fenêtre ! Une ballade s’impose. Elle sort de la maison, prend l’allée des manguiers. L’odeur du chèvrefeuille mélangé à celle des manguiers lui procure toujours autant de plaisir. Le sourire collé au cœur, elle se rend compte qu’elle marche d’un pas vigoureux. Son être en alerte lui exprime une inquiétude. Une peur ? … Oui, parce qu’elle vient de réaliser que son mari a donné ses dernières volontés à un ami qui met plus de deux ans à se manifester ! Se bousculent en elle des questions qui en appellent d’autres.

Elle passe sous le porche, prend le sentier qui longe un champ, marche un bon kilomètre. Elle s’assoit délicatement dans l’herbe tout juste mouillée par la pluie. Elle n’aime pas ce chemin. À cet instant où elle se fait cette réflexion, elle se rend compte qu’elle prend ce sentier chaque fois que son esprit est préoccupé.

            Elle se souvient de cette journée étouffante où une voiture décapotable, pleine de boue, était stationnée dans la cour. Elle revenait de cette promenade ; elle soufflait beaucoup, elle s’en souvient. Elle avait accéléré l’allure, son ventre fortement arrondi par l’attente des jumelles – le médecin venait de le lui annoncer. Deux hommes armés avaient sauté de la voiture

         Dans sa mémoire, elle revoit l’expression du visage de ces deux militaires : sobre, distant, correct.

         Elle a deviné tout de suite. Ils parlaient de son mari, Lie Li Sun. Elle n’entendait plus. Elle n’avait pas pu demander plus de détails. Ils étaient repartis, elle chancelante debout dans la cour seule avec un bout de papier entre les doigts – certificat de décès de son mari.

         Aujourd’hui, elle veut tout savoir des circonstances de cette mort. Bien sur, en cas de guerre, la mort côtoie le jour, la nuit, la nature, les êtres vivants. Elle le sait.

         Aujourd’hui est un jour différent.

         La nuit commence à la plonger dans le noir lorsqu’elle entend un bruit de moteur d’avion tout proche. L’idée qu’il peut atterrir ici l’amuse. Elle aime se raconter des histoires improbables ! Aucun avion n’a jamais atterri dans ce champ. Un casse-cou se fait elle la remarque ! Sauf qu’elle voit les phares s’approcher,  l’avion descendre sur la prairie, passer au-dessus d’elle, atterrir près de la maison ! Elle n’en croit pas ses yeux. En plus, le bruit du moteur de l’avion-brousse se tait ! Elle accélère le pas à sa rencontre, devine la silhouette d’un homme qui vient de sauter hors de la carlingue. Elle le regarde. Il sort un énorme ballot de l’arrière. Il se tourne lentement en direction de la maison, hésite sur le chemin à prendre et avance d’un pas chancelant, peut-être parce que le voyage a été long. C’est en tout cas ce qu’elle se dit. Elle remarque qu’il est seul. 

Il a un drôle d’accoutrement. Elle agite ses bras en l’air, il vient de tourner dans l’allée des manguiers  Elle commence à courir pour le rejoindre, Il ne l’a pas vue.  Elle prend un raccourci, file tout droit en direction de la maison, entre par la porte de l’office. 

         Elle lui fait face, elle à l’intérieur, appuyée au mur. Elle reprend son souffle! Il ne la voit pas et il s’en inquiète : elle le perçoit dans sa façon de tourner la tête, à la recherche d’âme qui vive, dans sa démarche à l’approche de la demeure. Tout se lit dans son corps. Il est grand, une chevelure noire épaisse et courte juste dans le cou. Son regard noir encerclé de cils longs, emprisonnés dans des lunettes d’aviateur offre à cet instant un regard déterminé à comprendre où peut bien se cacher la propriétaire des lieux. Elle devine son torse musclé dans un Marcel blanc, dans sa veste en cuir marron. Il doit avoir trente cinq ans environ. Elle le trouve distingué.

         À l’intérieur de la maison, tout est noir, le groupe électrogène est encore éteint. L’homme, arrivé devant la terrasse, balance son fardeau, provoquant un nuage de poussière.

« Y a-t-il quelqu’un ? » crie-t-il.

         Elle traverse le salon, pousse la porte-fenêtre et s’avance à la rencontre de l’ami de son mari, la main droite tendue prête à serrer la sienne. Ils se regardent un moment. Elle l’invite à entrer et la suivre jusqu’à la cuisine éclairée aux bougies. Lui tirant une chaise pour s’y installer, elle part allumer le groupe électrogène. De retour à la cuisine, après avoir soufflé les bougies, elle lui propose une tasse d’eau chaude ou un verre d’eau fraîche. Il ne répond pas. Intriguée, elle lève les yeux vers les siens qu’elle découvre pour la première fois car il vient d’enlever ses lunettes. Elle sent une tension monter et ne comprend pas ce qui se passe à cet instant. Elle ressent à la fois de l’amusement et des interrogations. Elle ne pose aucune question, se dirige vers le cellier, revient avec des biscuits au gingembre, les pose sur la table, met le gaz  sous la bouilloire, attrape deux tasses sur le buffet à coté de la gazinière et un verre.

Elle s’assoit en face de lui.

         – « Avez-vous fait bon voyage, venez-vous de loin, restez-vous dîner ? J’ai préparé la chambre d’amis.»

Elle s’amuse intérieurement. Elle s’observe retrouvant des gestes amicaux et des formulations sociales. Elle se détend.

Un silence s’installe. Celui qu’on connaît, celui de quand on va bien : il est léger, plein. Il signale une tranquillité, il raconte à ceux qui le partage une histoire universelle : la paix. Et personne ne veut la briser.

Ils lèvent les yeux, se regardent en souriant et chacun repart dans ses pensées.

Au bout d’un certain temps, elle avance la main vers la sienne, exerce une pression  comme pour le réveiller puis la retire.

Ils se regardent une nouvelle fois.

  • « comment vous appelez-vous, ami de mon mari ? »
  • « Aio Ze Dong !» Toute gène est maintenant dissipée.

– « Aio Ze, soyez le bienvenu dans cette humble demeure. Je serai sans doute maladroite dans mes gestes car je n’ai reçu personne dans cette maison depuis la mort de Lie Li. Aujourd’hui, votre venue change le cours de mes habitudes. Soyez indulgent. Je vous en remercie. Nous dînerons de quelques légumes ramassés dans le potager, les poules sont généreuses et le voisin me fournit le riz et la farine, ce qui me laisse le plaisir de manger les pâtes de ma confection. Tout en l’écoutant, Aio Ze se demande de quelle manière il va expliquer sa visite. Il en est là de ses réflexions quand le son strident de la bouilloire se met à siffler si fort qu’il se lève brusquement, éteint le gaz et revient s’asseoir.                                                

Il est penaud, pas chez lui ! Il se met à rire nerveusement, ce qui déclenche chez elle un fou rire généreux. Quelle histoire se dit-elle !

– « Madame, commença-t-il solennellement. Je vous remercie de votre hospitalité. Je l’accepte. Cela me donnera le temps de détailler l’histoire que je suis venu vous raconter.

Lorsque la guerre a commencé, il y a environ trois ans, j’ai été recruté dans l’armée de l’air, mon brevet de pilote en poche. J’ai été affecté au service des transports de  blessés et lors d’un des bombardements terrestres sanglants opérés par les américains, j’ai rencontré Lié Li. Il était lui-même affecté dans un service sanitaire à Mai Wue, petite ville au nord du pays. Je l’avais remarqué parce qu’il avait les yeux clairs. De plus, c’était un homme rayonnant, état inhabituel en pareille circonstance, entouré moi-même de soldats drogués. Je me souviens d’avoir atterri dans des conditions catastrophiques. Les balles sifflaient de tout coté et j’étais épuisé nerveusement. Je transportais une femme et trois de ses enfants. Leur vie ne tenait qu’à un cheveu.

            Votre mari, après avoir installé les blessés au bloc, donné les premiers soins médicaux, m’offrit avant que je ne reprenne les commandes de mon avion, une boisson chaude dont aujourd’hui encore je savoure le goût. Je lui en fis compliment et il promit de m’en offrir à mon prochain passage. Je n’ai pas eu à attendre bien longtemps, les blessés devenaient de plus en plus nombreux et mes visites au centre sanitaire plus fréquentes.

Quelques mois après notre première rencontre, il me fit part de son inquiétude. Le centre devenait la cible de l’ennemi.

            Il me raconta sa guerre à lui, l’apaisement de tant de souffrances physiques. Il partait chercher autour du dispensaire dans la foret des plantes pour sa médecine. Lors d’un de ses périples, il découvrit une exploitation de feuilles de thé. Et des coquelicots à perte de vue. Avec l’accord du propriétaire, il en ramassait. Il extrayait les graines des coquelicots pour en faire des tisanes et ajoutait des feuilles de thé aux cataplasmes qu’il concoctait avec toutes sortes de plantes. Lors d’un soin, il s’était rendu compte que les blessés souffraient  plus qu’habituellement. Il avait oublié les feuilles de thé.

Quelle découverte !

Il me fit promettre en cas de malheur, de rencontrer le propriétaire de l’exploitation de thé pour lui acheter des plants et vous les apporter, madame. Il y a dans le sac que j’ai laissé à l’entrée de la terrasse un échantillon de la récolte de l’an dernier. »

Il sort de la poche de sa veste une enveloppe.

– « Voici le titre de propriété du champs sur lequel j’ai atterri, rédigé à votre nom. Ainsi que les résultats d’analyse du sol confirmant la pertinence de planter du thé. Je dois aller chercher les 100.000 pieds de ces théiers qui viennent d’arriver. Lie Li m’a fait promettre de les planter chez vous, de faire l’installation des séchoirs et selon son désir, je me suis mis en relation avec une firme au sud du pays, non loin de chez vous, qui fait du négoce. Je suis venu vous remettre tout cela, madame. »

            Plus sur de lui, il cherche dans sa poche une blague à tabac  l’ouvre, prend quelques feuilles vertes, fines et longues qu’il lui présente.

« Sentez-les ! »

Il se lève tranquillement de sa chaise, cherchant des yeux une théière qu’il met sur la table, verse  l’eau chaude pour ébouillanter la théière.  Après avoir jeté la première eau, il met dans le creux du panier des feuilles de thé, remplit la théière avec l’eau qui a légèrement refroidie. Ils attendent quelques minutes en silence, lui affairé au thé pendant qu’elle se rappelle la pensée de ce matin : elle ne boira plus d’eau chaude à ses petits déjeuners.

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Mademoiselle je sais tout

Mademoiselle je sais tout

Je me suis doucement agenouillée à côté d’elle, à distance respectueuse.- « que fais-tu donc, mademoiselle ?- » – Est-ce que tu vois ce que je fais ? me répond elle. – « Je vois bien que tu grattes le sol et je voudrais savoir ce que tu cherches ». – « du chewing-gum ! » me dit-elle. – « du chewing-gum ? ! » – « Eh ben, sais-tu que dès que le chewing-gum est bien mâché, il est jeté ? Il n’a plus de goût. Tu comprends ? ». « Et alors ? ». « Pfeu, dit-elle en haussant les épaule… je rentre à la maison et je le lave bien. Je le mets dans ma bouche avec un morceau de sucre, voilà ! T’as compris maintenant. Une fois l’explication donnée, elle s’est levée. Un vélo était appuyé à un arbre, elle l’a enfourché et elle a pédalé avant de disparaître sous un porche, un couteau dans une main qui tenait le guidon et le chewing-gum dans l’autre …

Moi aussi, je suis rentrée chez moi après avoir salué ma jeune amie, les bras ballants. Perplexe … par l’aplomb de cette enfant, je dirais qu’elle avait bien six ans ! ; par son indépendance, elle était tranquillement installée par terre, très concentrée sur son affaire ; par son insouciance,  petite fille sans peur …

Je l’ai rencontré à plusieurs reprises, toujours sur le boulevard, c’était son terrain de jeu. Elle était quelque fois avec d’autres enfants, parfois sur sa bicyclette, très souvent souriante et volubile. Nous avons échangé des sourires, parlé parfois. Pas approfondir la relation, cultiver le mystère, être juste là, présente à ce que mes yeux m’offraient et le coeur un peu pincé par mon imagination galopante … J’avais peur pour elle. En fait, j’avais peur tout court.

Un voyage

Un voyage

Nous avons trouvé une belle petite jardinière . Enfin, pas exactement. Lors d’un de nos voyages d’un village à l’autre, un brave homme nous interroge :« où allez-vous ? Dans le prochain village», répond Gérard, sans préciser le nom. « Alors, arrêtez-vous sur la place, je vous attendrai ». C’est ainsi que ce monsieur nous a offert ce charrettou. « Vous saurez quoi en faire. Ici, elle pourrit et je voudrais qu’elle retourne sur la route». Ça tombait bien ! Une chambre supplémentaire serait la bienvenue. Et nous avons ainsi continué notre périple en Limousin, de place en place, de village en village avec ce charrettou. Sur la route qui nous mène d’Objat à Julliac, Gerard a proposé à Thais et moi- même d’amener à la prochaine étape notre nouvel attelage. Sur la route, une voiture nous double et reste à notre hauteur. Le chauffeur nous demande notre itinéraire. Nous lui expliquons notre escale à Julliac et ensuite Arnac-Pompadour. Et il continue de nous doubler. Nous nous regardons avec Thaïs avec la tête en point d’interrogation. Et un certain temps plus tard, le voilà qui nous croise, fait demi-tour, nous double et stationne une centaine de mètres plus loin. Nous le voyons sortir de son véhicule et il nous fait de grands signes pour que nous nous arrêtions. Ce que nous faisons un peu à contre coeur parce qu’en hiver, la lumière du jour tombe vite et tôt et qu’il nous reste du chemin à faire. Et il nous balance un gros paquet léger en nous disant :  » ne prenez pas froid ! ”Nous avons ainsi hérité d’un douillet sac de couchage tout propre, tout neuf. C’est vrai que la fin du voyage a été plus confortable. L’automne allait s’installer. La température commençait à fraîchir. Quel homme délicat !

Nous l’avons revu à Arnac-Pompadour. Il travaillait dans les impôts. Je me suis parfois fait de fausses idées sur certaines professions. Il y a comme ça des personnes qui nous font grandir dans nos pensées à la « mords-moi l’noeud »

Et le charrettou a été transformé en un joli landau géant. Les petits enfants y ont beaucoup dormi, joué et fait des tas de betises en silence ou joyeux rires dont nous ne soupsonions rien d’autres que de gentils jeux … Rock and roll !

Merci !

Merci !

C’est fini pour les représentations de cette année !
Merci à vous tous d’avoir été présents cette saison.

Rendez-vous l’an prochain pour une nouvelle édition de « La Trace »

c’est un spectacle !

c’est un spectacle !

La providence

La providence

Aux guides de mes chevaux, j’étais en mauvaise posture. La nuit tombait. J’y voyais encore. Les roulottes devant traçaient et s’éloignaient de la mienne. Je sentais bien quelque chose de bizarre dans mon attelage. Alors tout naturellement, je décidais de freiner. Cela tombait bien, la route descendait.

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VII – Chapitre septième : premier printemps

VII – Chapitre septième : premier printemps

Il avait été convenu que le convoi prenne ses quartiers de printemps dans un village de l’Aude. Pour accueillir le bébé que j’attendais d’une part et créer le spectacle de marionnettes d’autre part. Avec la complicité de mes cousins, nos attelages et le cheptel étaient attendus. – « Le parc est clôturé par un mur. Tu verras Solange, vous y serrez bien, et vous pourrez monter le chapiteau et travailler à votre spectacle. Les enfants pourront étudier. Les chevaux seront en toute liberté et il y a de quoi pâturer. Ce sera chouette pour vous » me dit un jour au téléphone l’une de mes cousines. Nous avions hâte d’arriver.

Ce fut notre première escale « vacances ». Malgré le boulot qui nous attendait et l’arrivée de notre bébé, L’installation fut royale. J’en garde un souvenir ému encore aujourd’hui.

Des maisons avec jardin longent la rue derrière le mur de l’entrée du parc. Nous fermions le portail pour éviter que les chevaux gambadent dans le village. Mais pas à clef bien sûr le portail. Les riverains venaient nous rendre visite. Très gentils. Au bout de la deuxième visite, certains d’entre eux nous ont demandé s’ils pouvaient ramasser le crottin. Et le lendemain, et les jours suivants, notre roulotte cuisine se transformait en bar à vin et apéritif.

Nous ne buvions pas d’alcool. Une période comme ça et puis, j’étais enceinte. Heureusement, mes cousins et amis étaient amateurs, alors, nous avons fait de belles fêtes et retrouvailles …

D’autres visiteurs nous apportaient les légumes de leur jardin. Notre poulailler installé sous la roulotte cuisine se remplissait quotidiennement de la production de nos généreuses poules naines.

J’avais calculé que bébé arriverait un mois après notre arrêt, ce qui nous donnait toute latitude pour monter le chapiteau, construire les décors du spectacle, fabriquer le castelet, des marionnettes ainsi que les retouches de certaines d’entre elles, faire les répétitions, pour nous comédiens, apprendre nos textes et pour Gérard, scénariste, scénographe, metteur en scène et technicien en toute sorte de discipline. Igor avait fabriqué notre table de mixage avec des interrupteurs gradués récupérés dans un hôpital en démolition, nous allions pouvoir la mettre en service. Aglaé avait pour mission d’aller couper un peu de crinière des chevaux pour les cheveux des marionnettes. Sacrilège ! Nos premiers projecteurs étaient en boîte de conserve trouée en leur centre pour faire passer le fil électrique. C’est ainsi qu’un beau matin, nous étions prêts à présenter notre spectacle. Igor a été à la mairie pour demander que la représentation soit annoncée au micro dans tout le village le samedi 21 avril. – c’est une tradition dans cette région de France. Lorsque le maraîcher, le poissonnier ou le marchand de chaussures arrive sur la place, il est annoncé dans le village à coup de haut parleur. Et bien pour les petits cirques c’est pareil et nous, nous étions un peu assimilés aux petits cirques.

Vendredi matin, mon bébé a décidé que c’était le moment de pointer son nez dans notre monde. Alors, Igor a repris son vélo pour aller à la mairie décommander la représentation du samedi soir. « Le spectacle de marionnettes est annulé pour raison de naissance. Report ultérieur »

Nana-Cerise est née vendredi soir et samedi midi nous étions rentrés aux roulottes. Le soir même, mes cousins ont organisé une fête. François et son groupe sont venus faire la sérénade à Nana-Cerise. Quel moment magique !

Le mardi suivant soir, le chapiteau était plein, des coussins par terre avec les enfants assis dessus avec leurs parents à côté. Plus en arrière les aînés avaient apporté leur chaise.

Ma Nana-Cerise avait quatre jours. Elle a vécu la première dans les bras de sa Mamina.

Après les applaudissements, le public est reparti chacun avec sa chacune, son siège et tout et tout. Et nous avons été largement félicités.

Trente et quelques années plus tard, une question dans ma tête attend toujours sa réponse : est-ce que les félicitations étaient attribuées au spectacle ou à la naissance ?