Chapitre cinquième : une première

Chapitre cinquième : une première

A Noël, les filles Aglaé et Thaïs sont parties en Alsace pour les fêtes pendant une semaine. Nous avions installé les roulottes dans un champ avec l’autorisation de la mairie et d’un agriculteur pour les chevaux.

Nous étions tous les quatre, Igor, Sariha, Gérard et moi dans les roulottes. Gérard m’avait demandé de l’accompagner à Valence pour aller jouer de l’orgue de barbarie. C’était le 24 décembre.

J’étais complètement paniquée. Jouer de l’orgue de barbarie c’était dans mon esprit demander l’aumône. Et en plus, il nous restait 30 francs. Le prix de la place de bus allée était à 13,50 francs. Multiplié par deux, il restait 3 francs. Comment allions-nous rentrer ?

Igor s’était gentiment proposé pour rester avec Sariha l’après-midi et nous voilà partis prendre notre bus avec tout notre saint Frusquin dans les rues de Valence : un joli tapis, l’orgue de barbarie et ses cartons.

Lorsque nous sommes arrivés dans une rue, Gérard a jugé qu’il pouvait s’installer là. J’ai déposé le tapis à terre, l’ai déroulé. Il a posé l’orgue de barbarie dessus, les cartons à côté. Il m’a proposé de déposer les sous qui restaient dans le chapeau sur le tapis et a commencé à tourner la manivelle. J’ai fait ce qu’il m’a dit et je suis vite partie dans une autre rue, honteuse et pleine d’émotion, je ne sais pas pourquoi. Que d’images se sont déroulées dans ma tête, les copines manouches tendant la main importunant les passants, les sans abris faisant pareil.                                                                             Et nous ? Nous, nous donnions en spectacle …

Bou, heureusement que ma famille n’habitait pas cette ville, heureusement qu’elle ne saurait jamais ce que nous faisions …          Oh la la, toutes ces idées se bousculaient dans mon esprit, et j’étais incapable d’analyser ce qui se passait. Trop occupée avec mes pensées toutes noires … Trop prisonnière des à priori, trop tourmentée par l’apparence que nous donnions. Enfin pas moi puisque je m’étais cachée … Mais Gérard, mon Gérard, cet homme que j’aime !         C’était moi forcément que tout le monde regardait, forcément … ?

De temps en temps quand même, j’allais le voir. Pour voir …

Par curiosité ! Pour me dire que je me trompais sûrement sur les intentions du public ; non, ce n’est pas demander l’aumône, c’est une animation de rue, une vraie, qui suscite de l’intérêt.

La confiance en moi était déjà un peu revenue car je me rendais compte à quel point les passants stationnaient en fredonnant les paroles des airs qui sortaient des flutes de l’orgue de barbarie. Je regardais Gérard très régulièrement, planquée au coin de l’autre rue. Et petit à petit, je me faisais à cette image.

Il était là sur son tapis, le visage rayonnant de ce qu’il faisait : de la musique en tournant la manivelle. Il était là, bien présent dans son action et moi, je l’admirais.

Quelle surprise en regardant le tapis ! Des pièces, des billets, des petits mots pliés, quelques fruits … un paquet de gâteaux, des fruits confits … Magique !

La manivelle avait tournée entre quatre et cinq heures. Nous devions prendre le dernier bus. Gérard m’avait fait signe de prendre de l’argent sur le tapis pour faire les courses.

Nous sommes revenus aux roulottes avec le dîner du réveillon, des cadeaux pour Igor et Sariha, les courses pour les quelques jours à venir et de l’argent. Il nous en restait !

Nous avons lu les quelques papiers pliés : c’était des remerciements pour la joie de la musique, des encouragements pour continuer à apporter de la distraction dans la rue, des petits mots tout simples, tout doux et tellement respectueux !

Aujourd’hui encore, je médite sur ce que j’appellerai «la foi», la confiance en soi et l’encouragement …

Toute une histoire !

 

 

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