Lettre à une amie qui ne voulait pas se montrer nue

Lettre à une amie qui ne voulait pas se montrer nue

Tu sais, comme toi, je chemine sur cette terre qui est si belle, parfaite pourrait-on croire, mais elle est habitée par des humains dotés d’un don qu’on appelle le libre arbitre. Ce don, la plupart en use avec bonheur. Hélas, quelques uns, peu nombreux, en font un usage déplorable et ça fout tout en l’air depuis des milliers d’années, comme ça à la louche je dirais dix mille ans, depuis que l’agriculture a été inventée (un truc formidable pour nourrir une population grandissante). Seulement voilà en même temps le premier homme est apparu et c’est là que le bazar a commencé !

Tu vas me dire que mon récit est incohérent : premier homme – population grandissante …

À première vue, oui, mais en réalité non. Ce premier homme, on l’a appelé Adam. Ceux qui étaient là avant n’étaient pas des hommes (juste des mâles), parce que les femmes en ces temps immémoriaux détenaient le pouvoir, tout le pouvoir. Ont-elles exagéré ? En tout cas Adam a inversé la vapeur, il a pris femme (Ève).  L’autre, celle qui dans les légendes mésopotamiennes s’appelait Lilith, indomptable, indépendante, il s’en est départi.

Ève, docile a appartenu à Adam et pour commencer a dû se couvrir afin de se cacher des autres hommes ( Ève devait être très belle à voir). Sous la direction d’Adam, qui était sûrement un chef, les hommes ont dû aussi se couvrir pour ne pas tenter Ève qui n’avait pas l’habitude de ce manque de liberté. Le règne des hommes commençait mal, surtout à cette latitude où on crève de chaud.

Et c’est pas fini ! Les enfants d’Adam et Ève, ces petits chéris (on venait d’inventer la famille) se sont chipotés pour une histoire de pâturage ou de jardin (je ne sais plus) et paf ! ils ont trouvé le moyen de faire le premier crime : Caen et Abel qu’ils s’appelaient. Du coup, barrières, frontières, guerres, ça débutait petit mais après, les descendants ont vu les choses en grand jusqu’à aujourd’hui où il y a des pétoires détenues par des mecs complètement branques, capable de faire sauter en un éclair la moitié de la planète, avec un hiver nucléaire pour l’autre moitié.

Les débuts de l’ère adamique étaient pagailleux. C’est normal, les premiers temps on ne sait pas trop comment s’y prendre. Alors les hommes (pas les femmes, elles ne comptaient plus) ont fait tout ce qu’il fallait, d’abord un roi, plutôt plusieurs, un derrière chaque frontière, en même temps sans qu’on s’en aperçoive : le peuple était né, parce que sans roi, nobles … le peuple n’était pas peuple, il est les humains donc pour le peuple il a fallu légiférer, parce qu’il doit marcher droit, obéir, payer l’impôt et j’en passe.

Et les femmes dans tout ça, on leur en a tellement dit qu’elles ont fini par avaler toutes les couleuvres qu’il est possible d’avaler avec une transmission de mère en fille. Et les voilà les gardiennes vigilantes de ce qui les opprime. Avec pas toujours la même échelle de valeur selon es cultures ou les pays. J’ai eu par exemple une voisine qui se plaignant de son homme disait : « je sais bien qu’un mari doit battre sa femme mais quand même le mien il tape bien trop fort ». Voilà un début de prise de conscience.

Il y a aussi dans d’autres pays des femmes qui doivent se couvrir de la tête aux pieds avec d’épais voiles qui cachent absolument tout ce qui pourrait être visible de l’anatomie féminine, nous sommes-là dans l’extreme, non pas tout à fait parce qu’il n’est pas exclu qu’elles soient battues et ou mutilées dans leur intimité.

Et toi, mon amie occidentale d’un pays libre, démocratique, avec ta jupe raz le bonbon, les cheveux au vent, as-tu acquis toutes les libertés qui devraient être les tiennes ? Je n’en suis pas sûr, il te reste bien quelques scories de génération et de génération d’oppression dont on croit dur comme fer à la véracité. Tu veux bien participer à mes spectacles où la nudité est de mise mais toi nue, impossible, ton intimité tu la réserves à ton homme (le voilà encore propriétaire)

Il y a encore un peu de chemin à faire pour arriver à cette révolution fondamentale qui fait que quand les femmes auront atteint la complète égalité avec l’homme, celui-ci touchera enfin sa plénitude. Voilà ma belle que le vent caresse ta peau, que le soleil la dore et que les habits qui cachent ta beauté s’envolent dans les nuées, poussées par une brise maline.

 

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