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Auteur : Gérard Chabert

Technique

Technique

La Trace est un cheminement dans la forêt.

C’est un spectacle nocturne qu’il est nécessaire d’éclairer ; non seulement les sentiers où marchent les spectateurs mais aussi toutes les scènes qui ont besoin d’un éclairage plus ou moins puissant.

         Pour cela, nous avons installé des kilomètres de fils électriques en extérieur avec des prises qui se mouillent quand il pleut et aussi des disjoncteurs pour parer aux pannes. Malgré tout, il arrive que ça déraille ! Ce qui implique des courses à travers bois, avant l’arrivée du public, à la recherche d’un mauvais contact ou d’une lampe qui claque. Le tout est alimenté par un antique groupe électrogène qui nous fournit les trente et quelques kilowatts que consomment lumières, moteurs, machine à fumée …

         C’est la pièce maitresse. Elle fait l’objet de toute notre attention : de l’eau, de l’huile, du fioul, de l’huile de frites dans le fioul, de l’antigel, une batterie chargée. L’animal est quand même capricieux. Il lui arrive de se mettre de l’eau dans son réservoir à carburant et de s’en remplir les filtres à fioul à raz bord et de caler (là c’était pendant une répétition générale). On le croit chaque fois à l’extrême onction ! Puis il repart.

         Mais la dernière fois, le chameau, après quatre heures de bon fonctionnement il décide de casser la courroie de ventilateur. Alors bien sur, ça l’échauffe et il s’arrête et nous laisse dans le noir, pour ne pas dire dans le caca, alors que le spectacle n’est pas encore fini. La tuile, quoi !

         Honteux, il nous a fallu ramener nos spectateurs à la lampe de poche vers le grand salon qui lui est heureusement éclairé par un réseau sur batteries.

         Au cirque, quand un numéro est difficile et qu’il n’est pas réussi du premier coup, ni même du deuxième ou du troisième coup, à la fin le public applaudit à tout rompre, mieux que si le tour avait été réussi du premier coup.

         Il en a été de même pour nous. Une bonne partie du spectacle avait été vue et les rencontres dans le salon n’en ont été que plus chaleureuses.

         Le groupe malgré son coup de chaud ne semble pas avoir pété son joint de culasse. Les pistons n’ont pas serrés. Il a juste explosé une sonde de pression qui fait qu’il pisse l’huile à fond par là.

Lundi, une courroie neuve, une sonde de remplacement et normalement tout ira bien. Croisons les doigts.

Le Blondin

Le Blondin

         Quand j’étais petit, avant 1950, mon papa dirigeait l’atelier mécanique à la construction du barrage de Castillon. Un barrage mur voute en béton d’une hauteur vertigineuse. Les jeudis, j’aimais me glisser dans l’atelier. Il y régnait une odeur d’huile et de forge, le marteau-pilon écrasait le fer rouge avec une force impressionnante et un bruit d’enfer. Les perceuses, les fraiseuses et le tour fabriquaient des copeaux métalliques brillants d’une forme toujours changeante ; un vrai danger de coupure pour les doigts. Les ouvriers et mon père n’aimaient pas me voir tourner là-dedans. Aussi bien, j’étais prié d’aller voir ailleurs !

Si dans l’atelier qui risquait brulures, coupures, accidents de toute sorte, dehors il y avait d’énormes engins qui circulaient dans tous les sens, des « bulldozers », des grues, des machines dont je ne savais même pas à quoi ça pouvait servir, en tout cas, c’était gros, bruyant, ça fumait noir et ça sentait l’huile brulée et le pétrole. J’aurais tellement aimé conduire une de ces machines ! Mais à dix ans, on ne peut que rêver.

         Rêver, il y a une chose qui dépassait tout. Au-dessus du vide à bien cent mètres de haut, circulaient sur des câbles, des chariots qui déposaient le béton dans la structure ferraillée  du barrage. Ce balai incessant sur les câbles me fascinait. Parfois, un ouvrier se rendait sur un chariot en panne ou à graisser, les pieds sur le câble inférieur, les mains sur le câble supérieur. On appelle ça un blondin, sans doute à cause de Charles Blondin un funambule extraordinaire.

         J’en ai gardé toute ma vie le souvenir et bien sûr, il a fallu que j’en fabrique un pour que je puisse être dessus. Comme je n’ai pas de falaises à ma disposition, je me suis contenté de deux arbres à 8 mètres de haut, il manque 90 m !

         Pour les spectateurs de la Trace, il vaut mieux ne pas être trop loin du sujet à regarder. Alors j’espère que la beauté, la douceur  et la surprise seront là pour vous plaire.

La trace, édition 2017

La trace, édition 2017

Ça y est, nous mettons les points derrière chaque scène de « la Trace » au fur et à mesure que son et lumières sont réglés. En ce moment, par exemple, nous faisons les réglages sur la place.

Ce sera prêt pour mercredi prochain 9 août à 21h30 précise. Et il y a des nouveautés encore cette année.

– De scènes inédites seront présentées tandis que d’autres disparaissent.

– La Trace devient gourmande sur le parcours. Chaque spectateur sera accueilli avec un apéritif maison.

Un entre-sort

Un entre-sort

Nous avons pris du retard encore cette année, il y a toujours à faire dans l’atelier, dans celui des autres et des constructions insolites !

En ce moment, nous préparons un entre-sort sur le thème de la maison de l’horreur. Il doit être prêt pour le début du mois de septembre.

C’est l’histoire d’une famille de cinq personnes, les parents et trois enfants. Une famille sans souci majeur, le papa est boucher ainsi que ses deux fils. La maman aide bien sûr et la jeune fille participe à la vie familiale. Pour une raison inconnue du commun des mortels, tous les membres de la famille ont changé de comportement et chaque membre de la famille devient épouvantable !

Je ne manquerai pas de donner des nouvelles de cette drôle de famille

 

Le Rêve

Le Rêve

Les articles sont rares en ce moment.

Ce n’est pas que je fainéantise, au contraire ! Je suis très occupé. Bien sûr, je pense toujours à «la Trace». J’ai un peu de temps jusqu’en juillet prochain. Du coup, je réalise un décor de vitrine pour Thaïs, ma fille, qui essaie de vendre de beaux vêtements dans sa boutique. Ça me bouffe un temps ! Mais ça m’amuse beaucoup. Je tente une peinture en trois dimensions avec une interprétation libre du rêve du Douanier Rousseau. Je jète là, sur du contreplaqué découpé et des panneaux de plastique cristal une idée idéalisée d’un paradis, celui que nous devrions vivre et que nous ne sommes pas loin d’atteindre, si nous nous en donnons la volonté et que de toute façon nous toucherons même si nous ne voulons pas y croire.

J’ai presque fini ; encore un panneau.

Mais Thaïs se fait un sang d’encre. Il y a une dame toute nue, allongée sur un canapé, pas une vraie, juste une sculpture réaliste.  » Que vont penser mes clientes ?  »

Sacré nom de nom (pour ne pas écrire quelque chose de carrément plus cru) quand finira donc cette résistance à la nudité ? Il y a des choses qui me dépassent.

Coup de bol (pour Thaïs), l’immeuble voisin se fait ravaler sa façade : donc échafaudage, sablage, poussière, bruit …  » Papa, pendant les travaux, je préférerais une vitrine plutôt genre travaux « . Pas de problème, une vitrine échafaudage en bambous (ceux en fer, c’est moche et je n’ai pas les moyens), un tas de pierres (en polystyrène, les vrais, c’est pas cher mais trop lourd), quelques outils (ceux dont je ne me sers pas, sinon ça manque) et le tour est joué.

Ça donne un temps de réflexion pour la dame toute nue au milieu de son paradis de feuillage et d’animaux. D’ici là peut être aurons-nous, nous aussi, atteint cet état paradisiaque dans le monde (le délais est un peu court). Là, j’ai quand même un doute.

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La fin de saison

La fin de saison

Ça y est, le temps de la diffusion des spectacles de «La Trace» est fini. Les comédiens de retour à leurs occupations plus habituelles, les projecteurs démontés, les rallonges électriques rembobinées, les sonos rangées et les décors mis au sec. Trop dommage, nous y avons passé du si bon temps ! Les moments d’été sont passés, la fraîcheur va revenir et faire des représentations en extérieur si peu habillé deviendrait de l’héroïsme. Or ce qui compte avant tout, c’est le plaisir de chacun. Le temps où il fallait que la vie soit dure est derrière nous ! L’accès au plaisir est ouvert à tous, la vie un nid de rose, le travail – à l’origine du mot : instrument de torture – devient une occupation ludique et enrichissante, le couple un vrai bonheur, la famille une plénitude …  Il ne tient qu’à nous, le petit peuple, d’avoir le désir et la volonté d’accéder à ce statut. La recette ? Simple et universelle, j’en parlerai plus tard dans une autre rubrique. Mais revenons à nos moutons «La Trace». À peine le matériel démonté, voilà les idées fusent pour la prochaine édition qui va encore s’étoffer, prendre de la force, devenir un spectacle abouti. Abouti ? un spectacle n’est jamais abouti, toujours il avance. En tout cas, de nouvelles conceptions, des répétitions, d’autres idées sont déjà en route pour la prochaine saison. Ne quittez pas la lecture, d’autres articles et billets d’humeur vont suivre.

Le groupe électrogène

Le groupe électrogène

Voilà que le groupe électrogène commence à faire des siennes. Il fait des coupures de courant et a besoin d’être réamorcé en appuyant sur un petit bouton. Souvent il demande quarante appuis avant de redémarrer. Et en plein spectacle, dix minutes de noir avec le public en plein bois, j’ose imaginer ? Non ! En plus, on est jamais sûr que ça va repartir …

Donc décision a été prise d’acquérir un autre groupe, d’occasion ça va de soi. Le moins loin dans notre possibilité est en vente à Toulouse. Et nous voilà partis Solange et moi, camion et remorque. Il fait chaud, très chaud, l’aller et retour dans la journée, c’est crevant mais ça peut se faire.

L’affaire est conclue, l’antique groupe – 50 h d’utilisation en 20 ans – est chargé 1,5 T à 2 T sur la remorque. 2 T  – PTC (poids total en charge) c’est lourd mais ça va. Juste 1 T de surcharge. Tout va bien sauf qu’à quelques encablures de Villefranche un des quatre pneus éclate. Pas de roue de secours ; elle est dans le camion qui nous a été volé, il y a quelques temps déjà.

Pas grave, il reste un pneu de secours. Manque de pot il est 7h du soir et à cette heure, pas de garage pour faire le montage.
Pas grave, les seuls et aimables habitants sur cette route déserte nous proposent de garer la remorque dans leur enclos.

Rentrés à vide, une nuit passée, le pneu monté, la remorque raccrochée, nous voilà repartis à petite vitesse parce que si ça recommence, c’est la poisse. Ça n’a pas recommencé. Sauf que dans la montée chez nous, le chemin récemment fait, il y a dans un des virages, une  partie, la plus raide et pas encore stabilisée. Et là, ça n’a pas manqué : patinage, châsse sur le côté, remorque en travers à moins de 200 m du but.

Pas grave, cordes, tire-fort, treuil, essais infructueux, bonnes idées … En moins de quatre heures tout était en haut.

On a bien dormi.

 

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Homo sapiens, oui mais

Homo sapiens, oui mais

Me voilà bien embêté pour coller un titre à cette scène. En fait, pour l’élaboration, l’idée ne vient pas tout de suite, parfois même elle tarde. C’est plutôt l’oeil qui me guide ; en voyant un objet ou un ensemble, mes envies d’esthétique se mettent en route. En fouillant dans mon bric à brac, je trouve de quoi compléter -là un bout de tissus, là un petit moteur, de la peinture, de la lumière et parfois un achat irraisonnable … Un tableau ainsi se construit, parfois grandeur nature, d’autres fois juste dans le coin de ma cervelle, ce qui fait que dans le fond de cette dernière règne un vrai bric à brac , une caverne d’Ali Baba, la Galerie Lafayette décuplée, Le grand bazar, quoi ! Mais quand même, je sais où je fourre mes affaires.

Pour ce qui est de cette scène, mes petites filles pendant leur vacance chez Grand Père ont commencé à fabriquer des masques en papier mâché. Comme les vacances ne durent pas assez longtemps et qu’il n’y a pas que ça à faire, les masques sont restés en plan ! J’ai repris leur travail : compléter, modifier et trois masques d’animaux sont sortis : un lion, une girafe et un élan.

Un espace scénique où Nana-Cerise, une de mes filles avait fait une prestation du tonnerre dans la poussière de talc – on peut dire que ça fumait ! – est libre. Le talc, j’adore. Se rouler dedans est un délice. Du coup, une chorégraphie est en route dans cet espace avec 300 kg de talc. L’idée germe après l’esthétique. Quelques uns pourraient dire qu’on a là une représentation archaïque. Mais très vite je réponds que l’homme, je veux dire l’humain est un mammifère, primate, omnivore et homo sapiens.

Ici je représente un couple d’animaux mâle et femelle avec un corps d’humains pour ne pas oublier que nous en sommes aussi et que tous nous descendons de la même et unique branche.

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Le sang des filles : démenti

Le sang des filles : démenti

J’ai revu Nathalie. Bien sûr comme d’habitude, on a plein de choses à se dire, raconter, mais comme elle est très occupée : son boulot, deux petites filles adorables, et tout et tout, il ne nous reste peu de temps en palabres.

Elle a quand même pu me dire : ce n’est pas tout à fait ça que j’ai voulu exprimer. Mais plutôt le fait que Jésus a donné son sang pour le monde, c’est bien ; et toutes les femmes qui donnent leur sang pour la vie, on y pense ?

Ben oui, après tout on en a fait tout un plat de ce Christ et on a juste à côté de nous cette moitié de la population mondiale qui donne son sang et la vie. L’honore-t-on autant que l’on devrait ?

En attendant, Nathalie nous époustoufle. Elle transforme une belle ouate de polyester en un monde de doux nuages.

«la Trace» : origine

«la Trace» : origine

L’idée de «la Trace» est venue toute seule du fait qu’à notre arrivée sur ce terrain boisé, tout était impénétrable à cause de la tempête de 99 qui avait tout mis sens dessus dessous. Mais dans tout ce fatras d’épines, de bois couchés, de ronces, il y avait des traces faites par les animaux de la faune locale : sangliers, chevreuils, lapins, renard … Pour nous humains, ces passages étaient plutôt ténus. Il a fallu les élargir ; des traces de mammouths auraient été bien plus confortables mais n’ayant pas l’habitude de ces animaux, je préfère croiser un lapin. Bien que pour lui ce soit moi le mammouth !  C’est dans ces traces élargies, aménagées, électrifiées que nous avons crée «la Trace».

Au début, sans autres prétentions, nous avons puisé dans les stocks de décors et de spectacles dits «petites formes» du Diable par la queue. Déjà se dessinait ce qu’aujourd’hui est devenue une évidence : la féminité.

Ça c’est mon côté militant de «soixante huitard attardé» comme aiment à me le mettre dans le nez certains, voire certaines. Pourtant, j’ai vécu intensément cette époque comme un éclair de lucidité de l’humanité, du moins pour une petite frange. L’égalité de l’homme et de la femme n’était pas un vain mot et les tabous repérés tombaient un à un. Dommage que l’herbe qu’on fume ainsi que d’autres produits aient mis à bas cette révolution qui aurait pu s’étendre et accélérer la venue de l’âge d’or dans le monde.

Pour en revenir à «la Trace», elle est axée maintenant sur l’égalité de l’homme et de la femme donc aussi du couple et surtout l’élévation de la féminité au statu glorieux qui lui revient de droit après tant et tant de millénaire d’enfouissement.  Il ne s’agit pas là de philanthropie mais plutôt d’une vue un peu plus longue que celle du bout de notre nez.

Parce que tant que la femme n’aura pas atteint le rang qui lui revient, l’homme n’atteindra pas la gloire qui l’attend.