VII – Chapitre septième : premier printemps

VII – Chapitre septième : premier printemps

Il avait été convenu que le convoi prenne ses quartiers de printemps dans un village de l’Aude. Pour accueillir le bébé que j’attendais d’une part et créer le spectacle de marionnettes d’autre part. Avec la complicité de mes cousins, nos attelages et le cheptel étaient attendus. – « Le parc est clôturé par un mur. Tu verras Solange, vous y serrez bien, et vous pourrez monter le chapiteau et travailler à votre spectacle. Les enfants pourront étudier. Les chevaux seront en toute liberté et il y a de quoi pâturer. Ce sera chouette pour vous » me dit un jour au téléphone l’une de mes cousines. Nous avions hâte d’arriver.

Ce fut notre première escale « vacances ». Malgré le boulot qui nous attendait et l’arrivée de notre bébé, L’installation fut royale. J’en garde un souvenir ému encore aujourd’hui.

Des maisons avec jardin longent la rue derrière le mur de l’entrée du parc. Nous fermions le portail pour éviter que les chevaux gambadent dans le village. Mais pas à clef bien sûr le portail. Les riverains venaient nous rendre visite. Très gentils. Au bout de la deuxième visite, certains d’entre eux nous ont demandé s’ils pouvaient ramasser le crottin. Et le lendemain, et les jours suivants, notre roulotte cuisine se transformait en bar à vin et apéritif.

Nous ne buvions pas d’alcool. Une période comme ça et puis, j’étais enceinte. Heureusement, mes cousins et amis étaient amateurs, alors, nous avons fait de belles fêtes et retrouvailles …

D’autres visiteurs nous apportaient les légumes de leur jardin. Notre poulailler installé sous la roulotte cuisine se remplissait quotidiennement de la production de nos généreuses poules naines.

J’avais calculé que bébé arriverait un mois après notre arrêt, ce qui nous donnait toute latitude pour monter le chapiteau, construire les décors du spectacle, fabriquer le castelet, des marionnettes ainsi que les retouches de certaines d’entre elles, faire les répétitions, pour nous comédiens, apprendre nos textes et pour Gérard, scénariste, scénographe, metteur en scène et technicien en toute sorte de discipline. Igor avait fabriqué notre table de mixage avec des interrupteurs gradués récupérés dans un hôpital en démolition, nous allions pouvoir la mettre en service. Aglaé avait pour mission d’aller couper un peu de crinière des chevaux pour les cheveux des marionnettes. Sacrilège ! Nos premiers projecteurs étaient en boîte de conserve trouée en leur centre pour faire passer le fil électrique. C’est ainsi qu’un beau matin, nous étions prêts à présenter notre spectacle. Igor a été à la mairie pour demander que la représentation soit annoncée au micro dans tout le village le samedi 21 avril. – c’est une tradition dans cette région de France. Lorsque le maraîcher, le poissonnier ou le marchand de chaussures arrive sur la place, il est annoncé dans le village à coup de haut parleur. Et bien pour les petits cirques c’est pareil et nous, nous étions un peu assimilés aux petits cirques.

Vendredi matin, mon bébé a décidé que c’était le moment de pointer son nez dans notre monde. Alors, Igor a repris son vélo pour aller à la mairie décommander la représentation du samedi soir. « Le spectacle de marionnettes est annulé pour raison de naissance. Report ultérieur »

Nana-Cerise est née vendredi soir et samedi midi nous étions rentrés aux roulottes. Le soir même, mes cousins ont organisé une fête. François et son groupe sont venus faire la sérénade à Nana-Cerise. Quel moment magique !

Le mardi suivant soir, le chapiteau était plein, des coussins par terre avec les enfants assis dessus avec leurs parents à côté. Plus en arrière les aînés avaient apporté leur chaise.

Ma Nana-Cerise avait quatre jours. Elle a vécu la première dans les bras de sa Mamina.

Après les applaudissements, le public est reparti chacun avec sa chacune, son siège et tout et tout. Et nous avons été largement félicités.

Trente et quelques années plus tard, une question dans ma tête attend toujours sa réponse : est-ce que les félicitations étaient attribuées au spectacle ou à la naissance ?

 

3 réactions au sujet de « VII – Chapitre septième : premier printemps »

  1. Peut être que les félicitations étaient adressées à la vie dans toute sa diversité d’expression et de moments uniques. Un très beau texte, merci de partager cela avec nous Solange!

    1. Bonjour Marine,
      Effectivement, vous enrichissez les réponses à mes questionnements. Merci pour vos encouragements. Cela me touche beaucoup.Solange

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