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Catégorie : La création

Le groupe électrogène

Le groupe électrogène

Voilà que le groupe électrogène commence à faire des siennes. Il fait des coupures de courant et a besoin d’être réamorcé en appuyant sur un petit bouton. Souvent il demande quarante appuis avant de redémarrer. Et en plein spectacle, dix minutes de noir avec le public en plein bois, j’ose imaginer ? Non ! En plus, on est jamais sûr que ça va repartir …

Donc décision a été prise d’acquérir un autre groupe, d’occasion ça va de soi. Le moins loin dans notre possibilité est en vente à Toulouse. Et nous voilà partis Solange et moi, camion et remorque. Il fait chaud, très chaud, l’aller et retour dans la journée, c’est crevant mais ça peut se faire.

L’affaire est conclue, l’antique groupe – 50 h d’utilisation en 20 ans – est chargé 1,5 T à 2 T sur la remorque. 2 T  – PTC (poids total en charge) c’est lourd mais ça va. Juste 1 T de surcharge. Tout va bien sauf qu’à quelques encablures de Villefranche un des quatre pneus éclate. Pas de roue de secours ; elle est dans le camion qui nous a été volé, il y a quelques temps déjà.

Pas grave, il reste un pneu de secours. Manque de pot il est 7h du soir et à cette heure, pas de garage pour faire le montage.
Pas grave, les seuls et aimables habitants sur cette route déserte nous proposent de garer la remorque dans leur enclos.

Rentrés à vide, une nuit passée, le pneu monté, la remorque raccrochée, nous voilà repartis à petite vitesse parce que si ça recommence, c’est la poisse. Ça n’a pas recommencé. Sauf que dans la montée chez nous, le chemin récemment fait, il y a dans un des virages, une  partie, la plus raide et pas encore stabilisée. Et là, ça n’a pas manqué : patinage, châsse sur le côté, remorque en travers à moins de 200 m du but.

Pas grave, cordes, tire-fort, treuil, essais infructueux, bonnes idées … En moins de quatre heures tout était en haut.

On a bien dormi.

 

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Homo sapiens, oui mais

Homo sapiens, oui mais

Me voilà bien embêté pour coller un titre à cette scène. En fait, pour l’élaboration, l’idée ne vient pas tout de suite, parfois même elle tarde. C’est plutôt l’oeil qui me guide ; en voyant un objet ou un ensemble, mes envies d’esthétique se mettent en route. En fouillant dans mon bric à brac, je trouve de quoi compléter -là un bout de tissus, là un petit moteur, de la peinture, de la lumière et parfois un achat irraisonnable … Un tableau ainsi se construit, parfois grandeur nature, d’autres fois juste dans le coin de ma cervelle, ce qui fait que dans le fond de cette dernière règne un vrai bric à brac , une caverne d’Ali Baba, la Galerie Lafayette décuplée, Le grand bazar, quoi ! Mais quand même, je sais où je fourre mes affaires.

Pour ce qui est de cette scène, mes petites filles pendant leur vacance chez Grand Père ont commencé à fabriquer des masques en papier mâché. Comme les vacances ne durent pas assez longtemps et qu’il n’y a pas que ça à faire, les masques sont restés en plan ! J’ai repris leur travail : compléter, modifier et trois masques d’animaux sont sortis : un lion, une girafe et un élan.

Un espace scénique où Nana-Cerise, une de mes filles avait fait une prestation du tonnerre dans la poussière de talc – on peut dire que ça fumait ! – est libre. Le talc, j’adore. Se rouler dedans est un délice. Du coup, une chorégraphie est en route dans cet espace avec 300 kg de talc. L’idée germe après l’esthétique. Quelques uns pourraient dire qu’on a là une représentation archaïque. Mais très vite je réponds que l’homme, je veux dire l’humain est un mammifère, primate, omnivore et homo sapiens.

Ici je représente un couple d’animaux mâle et femelle avec un corps d’humains pour ne pas oublier que nous en sommes aussi et que tous nous descendons de la même et unique branche.

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Le sang des filles : démenti

Le sang des filles : démenti

J’ai revu Nathalie. Bien sûr comme d’habitude, on a plein de choses à se dire, raconter, mais comme elle est très occupée : son boulot, deux petites filles adorables, et tout et tout, il ne nous reste peu de temps en palabres.

Elle a quand même pu me dire : ce n’est pas tout à fait ça que j’ai voulu exprimer. Mais plutôt le fait que Jésus a donné son sang pour le monde, c’est bien ; et toutes les femmes qui donnent leur sang pour la vie, on y pense ?

Ben oui, après tout on en a fait tout un plat de ce Christ et on a juste à côté de nous cette moitié de la population mondiale qui donne son sang et la vie. L’honore-t-on autant que l’on devrait ?

En attendant, Nathalie nous époustoufle. Elle transforme une belle ouate de polyester en un monde de doux nuages.

«la Trace» : origine

«la Trace» : origine

L’idée de «la Trace» est venue toute seule du fait qu’à notre arrivée sur ce terrain boisé, tout était impénétrable à cause de la tempête de 99 qui avait tout mis sens dessus dessous. Mais dans tout ce fatras d’épines, de bois couchés, de ronces, il y avait des traces faites par les animaux de la faune locale : sangliers, chevreuils, lapins, renard … Pour nous humains, ces passages étaient plutôt ténus. Il a fallu les élargir ; des traces de mammouths auraient été bien plus confortables mais n’ayant pas l’habitude de ces animaux, je préfère croiser un lapin. Bien que pour lui ce soit moi le mammouth !  C’est dans ces traces élargies, aménagées, électrifiées que nous avons crée «la Trace».

Au début, sans autres prétentions, nous avons puisé dans les stocks de décors et de spectacles dits «petites formes» du Diable par la queue. Déjà se dessinait ce qu’aujourd’hui est devenue une évidence : la féminité.

Ça c’est mon côté militant de «soixante huitard attardé» comme aiment à me le mettre dans le nez certains, voire certaines. Pourtant, j’ai vécu intensément cette époque comme un éclair de lucidité de l’humanité, du moins pour une petite frange. L’égalité de l’homme et de la femme n’était pas un vain mot et les tabous repérés tombaient un à un. Dommage que l’herbe qu’on fume ainsi que d’autres produits aient mis à bas cette révolution qui aurait pu s’étendre et accélérer la venue de l’âge d’or dans le monde.

Pour en revenir à «la Trace», elle est axée maintenant sur l’égalité de l’homme et de la femme donc aussi du couple et surtout l’élévation de la féminité au statu glorieux qui lui revient de droit après tant et tant de millénaire d’enfouissement.  Il ne s’agit pas là de philanthropie mais plutôt d’une vue un peu plus longue que celle du bout de notre nez.

Parce que tant que la femme n’aura pas atteint le rang qui lui revient, l’homme n’atteindra pas la gloire qui l’attend.

La place

La place

Il y a un lieu sur «la trace» qui a le privilège d’avoir de l’espace. C’est en fait une clairière . Sur cet endroit que nous appelons la place, plusieurs scènes sont installées et le public peut aller de l’une à l’autre, profiter de l’ambiance féérique qui y règne, s’attarder, bavarder avec d’autres spectateurs, flâner pendant un temps avant de poursuivre le chemin qui va le mener jusqu’au salon de thé où finalement tous les comédiens se rendront aussi après leur prestation.

La soirée se poursuivra dans ce lieu intime jusqu’à ce que chacun, les yeux pleins d’étoiles regagne dans la nuit ses pénates.

Le sang des filles

Le sang des filles

Il y a quelques temps, Nathalie est venue me trouver et m’a dit

-« tu sais, l’année prochaine dans la Trace, je voudrais être crucifiée »
– ???.

Parfois, mes amis et conjointe trouvent que j’y vais un peu fort, mais là !

-« Tu comprends, on a crucifié dans le temps un homme pour sauver le monde. Pourquoi c’était pas une femme ? Je voudrais mettre l’accent là-dessus »
(il faut dire que Nathalie est une ardente militante du droit des femmes).

Ben oui, mais … dans la Trace, c’est plutôt l’amour que je voudrais faire régner, de là à mettre un poteau de torture et que ça saigne, je le vois mal.

Nous avons discuté le pour et le contre et finalement réuni une bande de filles et quelques mecs pour conclure après moult discussions qu’on ne torturerait personne sur la Trace (même si c’est pour de faux) mais que l’on mettrait le sang des filles à l’honneur. Après des siècles et des siècles voir de millénaires de mise à l’écart et même considérées comme dégoutantes et qu’il est indispensable de cacher, ces périodes de saignement dans la Trace feront l’objet d’une des scènes les plus importantes où il sera donné au public de goûter de ce liquide rouge qui coule d’entre les cuisses de la comédienne tenant ce rôle.

Allez, bon ! Il y a sûrement quelques délicats mal informés de la valeur nutritive de ce produit. Donc, pour ce faire, nous servirons en place de la grenadine ou quelque autre boisson rouge.

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La fontaine miraculeuse

La fontaine miraculeuse

C’est bien un truc qui manquait sur le parcours de la Trace !

Les spectateurs nous parlent souvent après le spectacle,- dans le salon où l’on peut prendre un verre de quelque chose -, de la magie de ce qu’ils ont vécu tout au long de leur cheminement sur le parcours.

De la magie, oui. Mais quand même pas de miracle.

Et bien, à partir de maintenant ça va être possible. Une fois sorti du temple de l’amour, s’en suivra tout au fond du bois cette fontaine miraculeuse ; il suffira de jeter une pièce au fond du bassin sans omettre de faire un voeu et celui-ci sera exaucé sans tarder.

Mais attention, il faut penser très fort et mettre une belle pièce. C’est juste une fontaine miraculeuse : faut quand même pas demander l’impossible.

Pour l’instant, j’en suis à faire le circuit d’eau sous le bassin. C’est bien un miracle s’il n’y a pas de fuites au premier branchement

Poids plume

Poids plume

Si ça continue à trainer comme ça, je vais me mettre foutument en retard pour « la Trace ». Il faut pourtant que je finisse ce boulot, c’est lui qui finance notre spectacle. C’est long ! En fait je travaille pour un musée de la préhistoire qui m’a demandé de fabriquer des personnages homo sapiens. Homo sapiens : c’est nous (animal mammifère primate omnivore homo sapiens), sauf que là ils sont en position dans leurs occupations de l’époque préhistorique et en costume s’il vous plaît ! Ce costume, il faut l’imaginer parce qu’il n’y en a aucune trace ; les préhistoriens (les vrais professionnels) vont sûrement trouver à redire, pourtant j’essaie de me mettre dans la peau de ces différentes peuplades qui ne possédaient ni le fer ni le tissage (encore que là …) mais étaient tout aussi adroits de leurs mains que nous et en plus avaient beaucoup de temps libre de chasse et cueillettes à consacrer au fignolage de leur apparence.

Bon, vous avez compris que « la Trace » n’est pas une affaire, c’est plutôt un spectacle déficitaire. Mais peu importe, nous avons très envie de le faire et de le continuer. Les comédiens qui y participent sont tous amateurs et bénévoles. Ils viennent, choisissent un rôle ou expriment un souhait et je m’adapte à eux dans la mesure du possible bien sûr : il n’y a et n’y aura pas de rôle de terminator ; il y a un style quand même. Si le coeur vous en dit, c’est ouvert. Personnellement je cherche une personne d’un demi-siècle ou plus mais pas beaucoup et d’un demi-quintal pas plus pour la tortue laineuse. La comédienne précédente s’est engagée dans un beau festival qui lui prend tout son temps pendant l’été. Il y a aussi possibilité de participer à la préparation si vous en avez envie. Ça me ferait drôlement plaisir.

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Lettre à une amie qui ne voulait pas se montrer nue

Lettre à une amie qui ne voulait pas se montrer nue

Tu sais, comme toi, je chemine sur cette terre qui est si belle, parfaite pourrait-on croire, mais elle est habitée par des humains dotés d’un don qu’on appelle le libre arbitre. Ce don, la plupart en use avec bonheur. Hélas, quelques uns, peu nombreux, en font un usage déplorable et ça fout tout en l’air depuis des milliers d’années, comme ça à la louche je dirais dix mille ans, depuis que l’agriculture a été inventée (un truc formidable pour nourrir une population grandissante). Seulement voilà en même temps le premier homme est apparu et c’est là que le bazar a commencé !

Tu vas me dire que mon récit est incohérent : premier homme – population grandissante …

À première vue, oui, mais en réalité non. Ce premier homme, on l’a appelé Adam. Ceux qui étaient là avant n’étaient pas des hommes (juste des mâles), parce que les femmes en ces temps immémoriaux détenaient le pouvoir, tout le pouvoir. Ont-elles exagéré ? En tout cas Adam a inversé la vapeur, il a pris femme (Ève).  L’autre, celle qui dans les légendes mésopotamiennes s’appelait Lilith, indomptable, indépendante, il s’en est départi.

Ève, docile a appartenu à Adam et pour commencer a dû se couvrir afin de se cacher des autres hommes ( Ève devait être très belle à voir). Sous la direction d’Adam, qui était sûrement un chef, les hommes ont dû aussi se couvrir pour ne pas tenter Ève qui n’avait pas l’habitude de ce manque de liberté. Le règne des hommes commençait mal, surtout à cette latitude où on crève de chaud.

Et c’est pas fini ! Les enfants d’Adam et Ève, ces petits chéris (on venait d’inventer la famille) se sont chipotés pour une histoire de pâturage ou de jardin (je ne sais plus) et paf ! ils ont trouvé le moyen de faire le premier crime : Caen et Abel qu’ils s’appelaient. Du coup, barrières, frontières, guerres, ça débutait petit mais après, les descendants ont vu les choses en grand jusqu’à aujourd’hui où il y a des pétoires détenues par des mecs complètement branques, capable de faire sauter en un éclair la moitié de la planète, avec un hiver nucléaire pour l’autre moitié.

Les débuts de l’ère adamique étaient pagailleux. C’est normal, les premiers temps on ne sait pas trop comment s’y prendre. Alors les hommes (pas les femmes, elles ne comptaient plus) ont fait tout ce qu’il fallait, d’abord un roi, plutôt plusieurs, un derrière chaque frontière, en même temps sans qu’on s’en aperçoive : le peuple était né, parce que sans roi, nobles … le peuple n’était pas peuple, il est les humains donc pour le peuple il a fallu légiférer, parce qu’il doit marcher droit, obéir, payer l’impôt et j’en passe.

Et les femmes dans tout ça, on leur en a tellement dit qu’elles ont fini par avaler toutes les couleuvres qu’il est possible d’avaler avec une transmission de mère en fille. Et les voilà les gardiennes vigilantes de ce qui les opprime. Avec pas toujours la même échelle de valeur selon es cultures ou les pays. J’ai eu par exemple une voisine qui se plaignant de son homme disait : « je sais bien qu’un mari doit battre sa femme mais quand même le mien il tape bien trop fort ». Voilà un début de prise de conscience.

Il y a aussi dans d’autres pays des femmes qui doivent se couvrir de la tête aux pieds avec d’épais voiles qui cachent absolument tout ce qui pourrait être visible de l’anatomie féminine, nous sommes-là dans l’extreme, non pas tout à fait parce qu’il n’est pas exclu qu’elles soient battues et ou mutilées dans leur intimité.

Et toi, mon amie occidentale d’un pays libre, démocratique, avec ta jupe raz le bonbon, les cheveux au vent, as-tu acquis toutes les libertés qui devraient être les tiennes ? Je n’en suis pas sûr, il te reste bien quelques scories de génération et de génération d’oppression dont on croit dur comme fer à la véracité. Tu veux bien participer à mes spectacles où la nudité est de mise mais toi nue, impossible, ton intimité tu la réserves à ton homme (le voilà encore propriétaire)

Il y a encore un peu de chemin à faire pour arriver à cette révolution fondamentale qui fait que quand les femmes auront atteint la complète égalité avec l’homme, celui-ci touchera enfin sa plénitude. Voilà ma belle que le vent caresse ta peau, que le soleil la dore et que les habits qui cachent ta beauté s’envolent dans les nuées, poussées par une brise maline.

 

La fleur aux amoureux

La fleur aux amoureux

Aujourd’hui, je voudrais vous parler d’un artiste québécois dont j’ai vu l’exposition à Montréal où je suis allé visiter un de mes enfants (j’en ai 9) et un petit enfant (le 15ème) à venir. J’en parle de l’expo pas du petit enfant. Elle cite une des phrases de l’artiste exposé que je fais mienne avec empressement. Je cite : « les femmes sont le centre de ma vie. Je trouve inconcevable de créer sans être lié à l’univers féminin, sans être sensible à cet univers ». Vittorio 1967.

Vittorio est un artiste polyvalent célèbre pour ses affiches d’un graphisme remarquable mais aussi ses bandes dessinées, ses photographies, son écriture, ses peintures et sa vie trépidante d’homme libre. Il a fait une affiche pour le festival « Juste pour rire » de Montréal où nous avons été invités avec le spectacle « la Tour »,  je vous en soumets une photo. Des 9 scènes présentes sur les façades de « la Tour », une au moins sera présentée dans « la Trace » : « La fleur aux amoureux.la tour monreal 05  copie